Cela s’est su, d’autres ont voulu essayer, et notamment les agriculteurs bio d’Aquitaine, qui, au même moment, avaient décidé de prospecter pour retrouver des variétés anciennes de céréales et de légumes, plus goûteuses.
En Aquitaine, l’expérience a fait florès : aujourd’hui une centaine de producteurs cultivent des maïs de pays dont le grand roux. En rébellion face à la législation française qui interdit aux agriculteurs d’échanger, de donner ou vendre des semences issues de leur propre sélection, pour le plus grand profit des agrosemenciers ! Mais très satisfaits de ce maïs bien adapté à leurs terre sargileuse car peu demandeur d’eau, assez costaud pour résister aux maladies et insectes sans traitements chimiques, et très riche en protéines. A Domezain, Jean-Michel Behro, éleveur de canards, utilise le maïs pour faire de l’ombre à ses volatiles et pour les nourrir. Depuis trois ans, il a semé du grand roux à côté du maïs hybride. « J’ai besoin d’un maïs qui se dépouille facilement et qui résite bien au vent », explique-t-il. Alors, d’année en année, ce paysan ingénieux et perfectionniste affine son maïs par la sélection des meilleurs pieds et l’hybridation naturelle. « On peut se fabriquer des variétés adaptées à nos parcelles, et à nos objectifs, ce qui est impossible dans le système industriel »,assure-t-il, passionné par ce travail de créateur, d’agronome-agriculteur. Et ravi de se libérer, dès que son maïs sera au point, des firmes agrosemencières. « Je n’ai aucune envie de continuer à acheter des semences qui me coûtent 10 à 15% de ma récolte ! »
A Bussanarits, Jon Harluchet partage le même souci. Ce jeune producteur de lait de vache cru et bio confie qu’au début, c’est « par idéologie » qu’il a semé du grand roux à côté de son maïs hybride, destiné au fourrage des vaches. Mais aujourd’hui, il est lui même étonné et ravi des résultats et ne cultive plus que celui-ci. Dans sa ferme, devant la cheminée où il a suspendu une trentaine d’épis de mais, du jaune clair au rouge brun , il explique qu’il a patiemment hybridé le grand roux avec dix autres variétés de maïs de pays « J’ai fabriqué « mon » grand roux, dit-il avec fierté, il résiste bien à la sècheresse et il produit autant que les hybrides ! Et cerise sur l’épi, « il a un beau grain et donne un goût incomparable aux talos de ma grand -mère ! »
source : Le cahier d’été de LIBERATION