Etienne Dubuis
lundi 10 août 2009, par Rainer Supan
Les produits bio n’ont pas une valeur nutritive supérieure aux aliments conventionnels. Telle est la conclusion d’une des plus larges études jamais menées sur le sujet, des travaux conduits par l’Ecole d’hygiène et de médecine tropicale de Londres à l’instigation de l’agence officielle britannique de la santé alimentaire, la Food Standards Agency. Sa publication ces derniers jours dans l’American Journal of Clinical Nutrition a soulevé un tollé dans certains milieux particulièrement sensibles à l’environnement. Directeur de l’Institut de recherche de l’agriculture biologique (FiBL), Urs Niggli réagit.
Le Temps : Cette étude dit-elle vrai ? Les produits bio ne présentent-ils aucun avantage nutritif notable ?
Urs Niggli : L’étude est sérieuse, transparente et s’appuie sur une multitude d’analyses réalisées entre 1958 et 2008. Ce qui représente autant de bons points pour elle. Mais il est regrettable qu’elle se soit arrêtée à février de l’an passé et qu’elle n’ait pas tenu compte des contributions apportées depuis. La nutrition est une science en plein développement et elle a produit ces tout derniers temps des résultats particulièrement intéressants sur le sujet.
– Qu’en est-il donc sur le fond ?
– Les produits issus de l’agriculture biologique et ceux issus de l’agriculture conventionnelle se ressemblent beaucoup sur le plan nutritif mais affichent tout de même quelques différences. Si tous possèdent les mêmes quantités de substances primaires (azote, phosphore, soufre, potassium, calcium, etc.), les produits bio recèlent certaines substances secondaires comme les flavonoïdes et les caroténoïdes en doses nettement supérieures.
– Comment cela s’explique-t-il ?
– Ces substances font partie du système immunitaire des végétaux. Elles ont par conséquent tendance à se multiplier chez les plantes qui doivent se battre contre les ravageurs et les maladies et à se raréfier chez les plantes qui, secondées par les pesticides, n’ont plus à le faire. – Que change la présence abondante de ces substances pour le consommateur ?
– Ces substances secondaires ont une importance non négligeable. La science de la nutrition, qui les étudie depuis une vingtaine d’années, a découvert qu’elles pouvaient limiter la circulation des radicaux libres, protéger contre le cancer et renforcer le système cardio-vasculaire. Dans le domaine de l’élevage, une alimentation bio basée sur le fourrage favorise la présence d’acides gras poly-insaturés dans le lait, ce qui est très bon contre le cholestérol. Cela ne doit pas nous faire oublier cependant que le principal avantage de l’agriculture biologique est qu’elle n’utilise pas de pesticides.
– Est-ce à dire que le bio ne souffre d’aucune contamination ? – Non. L’agriculture biologique dépend d’un milieu ouvert qui ne peut échapper à un certain degré de pollution. Mais n’utilisant pas elle-même de pesticides, elle véhicule beaucoup moins de leurs résidus que l’agriculture conventionnelle. L’agriculture conventionnelle, soumise à des seuils de tolérance, en a déjà très peu. Seulement, l’agriculture biologique est dans ce domaine proche du zéro. Ce qui a convaincu les fabricants d’aliments pour enfants de recourir presque exclusivement à ses services. Mais la qualité des produits n’est qu’une préoccupation parmi d’autres de l’agriculture biologique.
– De quoi se soucie-t-elle aussi ? – L’agriculture biologique est d’abord une approche éthique et écologique. Ethique, parce qu’elle se soucie de la dignité de l’animal et s’efforce de lui donner des conditions de vie décentes. Ecologique, parce qu’elle tente de préserver la nature autant que faire se peut. Le résultat est évident : elle laisse la place à beaucoup plus de mauvaises herbes et d’insectes et le sol qu’elle travaille reste beaucoup plus riche en matière organique.